L'aérostation solaire
 
 
Une start-up française: Solis Nebula Envols de ballons solaires à Meudon Atelier ballon solaire - Binas Home Aerohistory
       
       
Nous avons fait connaissance de Christophe Praturlon sur la toile. Puis viennent les échanges mails, les coups de fil et enfin nous nous rencontrons à l’occasion de la Fête du Vent de Marseille.
Sur le terrain, il partage ses expériences avec Robert Bouchal, photographe et aéro-photographe dont nous vous recommandons le site : bouchal.com
 
     
Christophe est passionné par les ballons solaires, au point d’en faire maintenant sa profession. Après le festival de Marseille, nous partons en Lozère, près de Mende, pour le retrouver en famille, avec Laurence son épouse et sa petite dernière, Victoria. Ses trois garçons étant à l’école
 
Il a choisi de quitter le Vaucluse pour s'installer en Lozère il y a quelques mois.

Outre qu'il soit idéal au niveau météorologique pour tester ces ballons solaires, ce département lui a réservé un très bon accueil : lauréat du concours Bee Creative, il a bénéficié d'une aide financière du conseil général, mais aussi d'un accompagnement par Lozère Développement et Transferts LR (*), et d'un hébergement dans la pépinière d'entreprise du pôle lozérien d'économie numérique « POLeN ».

(* : Transferts LR soutient la compétitivité des entreprises par l’innovation et le transfert de technologie en Languedoc-Roussillon)

Fin 2008, des projets innovants de toute la France sont présentés pour la première édition « Bee Creative » en Lozère. Après étude des trente-cinq dossiers reçus, audition des candidats et délibération, le jury a sélectionné deux lauréats pour le caractère innovant de leur idée et son fort potentiel de développement.

Christophe est l’un de ces deux lauréats et va ainsi s'installer près de Mende et pouvoir concrétiser son rêve d'entrepreneur en développant l’utilisation du ballon solaire pour usage professionnel.

Photo de gauche : Photographie aérienne réalisée per ballon solaire, depuis son chalet.
 
Quelques mots sur le ballon solaire avant de lui laisser la parole :

Le ballon solaire ressemble à une montgolfière très légère dont l’enveloppe noire en polyéthylène permet de capter les rayons du soleil et de chauffer l’air qu’elle enferme. Ainsi le ballon peut s’élever dans les airs et lever des charges. Le rayonnement solaire est une énergie gratuite, renouvelable et écologique.
 
Rencontre avec Christophe :

J’ai toujours été passionné par l’aérostation, par tout ce qui vole d’un peu «alternatif». J’ai rencontré Laurent Besset, qui est un peu le précurseur en ballon solaire, il y a 2 ans ½ et depuis je n’ai eu de cesse de faire évoluer mes aérostats.

Ainsi au fil de ces rencontres et m’appuyant sur ma formation technique, j’ai fait mon propre parcours dans ce milieu et j’ai développé différents prototypes. Je pense que je suis maintenant arrivé à développer des choses intéressantes en matière de ballons solaire.

En parallèle de ma passion pour l’aérostation j’ai toujours été attiré par l’image. Je n’ai pas de grandes connaissances mais un bagage suffisant pour développer des nacelles photos par exemple.

Au départ j’ai débuté dans mon garage comme beaucoup d’autres qui commencent à fabriquer. Je suis parti de plans existants trouvés sur Internet. Mais je n’étais pas très satisfait de mon premier ballon. Je me suis vite rendu compte que dans la plupart des cas il fonctionnait mais avec des fenêtres météo très petites.

En plus, pour les premiers ballons, le module était trop petit, donc très peu de charge utile.

Photos de Christophe et Laurence dans leur atelier actuel, à Chadenet, près de Mende
     

J’ai apporté des améliorations sur mes ballons par rapport à ce que j’en attendais.
J’ai cherché des solutions pour les faire voler même quand il y a un peu de vent. J’ai dessiné un autre profil de ballon. J’ai trouvé des matériaux relativement efficaces pour leur résistance avec un rapport qualité/prix intéressant. J’utilise du PE HD (polyéthylène haute densité) de 30 microns et 3 m de large.

Maintenant avec ces ballons, je peux prétendre les faire voler dans des conditions un peu « plus extrêmes » par rapport à des ballons solaires plus classiques. Je peux utiliser mes ballons jusqu’à 5 - 6 Km/h de vent.

Les ballons classiques se dégonflent dès qu’il y a le moindre souffle d’air, surtout en captif, c’est pas du tout efficace et on ne peut pas prétendre faire du bon travail avec car ils nécessitent des conditions vraiment optimales pour arriver à les faire fonctionner.

Je réalise aussi maintenant des ballons avec un volume plus important aux alentours de 100 m3, donc une charge utile plus importante, quasiment 4 Kg de portance et le matériel embarqué est de moins de 1 Kg, environ 800 à 900 gr.

Cela me permet quand même d’avoir de la marge et de les utiliser avec des temps nuageux ou quand il y a très peu de rayonnement solaire.

Je garde même une marge de manœuvre assez importante avec ces ballons. Finalement, ce sont des ballons qui correspondent enfin à mes attentes.

Je ne sais pas exactement combien j’ai de ballons, à peu près une trentaine de petits (100 m3) en plus des 3 gros.

Il y en a toujours dizaine en préparation. Je découpe des gabarits à l’avance que j'assemble au fur et à mesure.
       
Les ballons solaires ont quand même une durée de vie relativement limitée. Tout dépend dans quelles conditions on les utilise. Généralement, ils ont une durée de vie d’un an. Certains durent un peu plus longtemps. De mes tous premiers, certains sont encore en état de vol. Les altérations sont principalement dues au rayonnement solaire, aux perforations. Il y a aussi les usures dues aux conditions extrêmes puisqu’on les teste souvent des conditions un peu chaotiques pour être sûr qu’ils fonctionnent un peu partout.
 
Prise de vue depuis un ballon solaire d'un bâtiment agricole par appareil photo numérique (à gauche) et avec une caméra thermique (à droite)
dans le but de détecter les déperditions de chaleur
 
On peut aujourd’hui les faire voler entre 0 et 150 m pour rester dans le cadre règlementaire de la DGAC pour des ballons captifs. Je les utilise comme moyen de transport captif.
Ils sont destinés à la télédétection ou la prise de vue aérienne. C'est-à-dire que j’installe sous mes ballons du matériel photo, de la vidéo, une caméra thermique, des capteurs de pollution en altitude, de prise de mesures diverses …. J’ai aussi développé une méthode simple qui me permet de faire des prises de vue sans passer par un système de radiocommande.
Pour cela je réalise mes prises de vues avec un appareil photo numérique qui déclenche automatiquement des photos en série avec une temporisation d'une dizaine de secondes entre chacune. C’est un modèle RICOH Caplio R5, compact, léger avec de très bonnes qualités optiques. Mes ballons peuvent donc servir dans l'archéologie et la géologie, avec des relevés topographiques. Ils correspondent à des demandes de chercheurs, entreprises, consultants en environnement…
 
 
Ce sont là les principales applications pour des professionnels qui ont besoin de moyen aérien pas cher. Je me positionne dans un marché « low cost » et écologique en comparaison avec des prises de vue par avion, hélicoptère et même ballon à hélium. Le prix de l’hélium ne cessant d’augmenter. De plus, le ballon à hélium doit être réapprovisionné régulièrement à cause des fuites (perte d’hélium du à la porosité de l’enveloppe). Et quand il est plein il faut le transporter, même si les ballons font 3 ou 4 m3 à charge utile égale, il faut une remorque pour le transporter.
Tandis que moi, c’est un produit qui tient dans un sac de voyage. On peut être tout à fait autonome, partir dans la nature avec son sac sur le dos, qui pèse moins de 3 Kg. On peut dire que c’est un produit nomade.

La plupart de mes ballons font 100 m3. J’ai aussi des ballons de 600m3 avec lesquels on fait des bonds en se servant de la force cinétique des ballons. Je suis en train d’en terminer un de 1 000 m3. J’en ai conçu trois de cette taille, mais là c’est vraiment pour le fun, il n’y a pas vraiment d’application technique, mais on peut soulever une personne avec en utilisant un harnais ou une nacelle (photos ci-dessus)
 
Il y a beaucoup de plaisirs simples avec les ballons solaires. Certains moments sont toutefois un peu plus « magiques ». On a fait voler des ballons sur l’aéroport du Bourget pour la 1ère édition de l’Aviation Verte au Bourget en juin 2008 (*). C’était quand même sympa de faire voler un aérostat à gonflage écologique sur le tarmac du Bourget qui est mythique.
   
   
(* : Cet événement, dédié aux innovations aéronautiques, aura lieu tous les deux ans, en alternance avec le Salon International de l’Aéronautique et de l’Espace.)
 
On a aussi fait voler des ballons dans le théâtre antique d’Orange au mois de mai 2009. C’est l’un des plus beaux théâtres romains, un des mieux conservés au monde. En plus on a pu faire voler le ballon au milieu des visiteurs. On s’est intégré au paysage avec notre ballon, on a survolé la ville d’Orange.

Et aussi plein d’autres moments, comme à chaque fois quand on a pu quitter le sol nous-mêmes avec nos aérostats. C’est toujours agréable de se dire qu’on ne pollue pas et qu’on arrive quelque part à réaliser un des plus vieux rêves de l’homme : quitter le sol par ses propres moyens. En plus, comme nous les construisons nous-mêmes, on est d’autant plus heureux
 
 
Professionnellement, j’ai tout un tas de projet de développement, de la conception, la réalisation à la commercialisation d'aérostats écologiques. Je suis notamment en contact avec une société qui fait des systèmes embarqués électroniques. Je développe aussi de nouvelles nacelles. Je travaille avec des partenaires comme Lozère Développement, qui suit mon projet, et d’autres organismes comme Transfert LR, la chambre des métiers, la CCI…

On était présent sur un salon à Nîmes, consacré à l’éco-construction. J’y étais pour étudier la possibilité d’utiliser mes ballons pour la thermographie de toitures, pour des photos pour l’urbanisme et l’aménagement urbain ou environnemental. J’ai des contacts aussi avec le pôle de compétitivité Pégase. Il faut voir si cela se concrétise.

Nous souhaitons pleine réussite à Christophe dans le développement de ses projets et de son entreprise.
 
le site de Christophe : ballons solaires et celui de Laurent Besset : voler en ballons solaires